#Entreprendre : À deux, c’est mieux ! Mais pas avec n’importe qui…

entreprendre à deux

De la difficulté de s’associer, à celle de trouver l’acolyte idéal(e), l’entrepreneur hésite de plus en plus à se lancer dans l’aventure de l’entrepreneuriat en duo. Si de récentes études américaines prouvent qu’il n’y a pas de corrélations entre le nombre de fondateurs et la réussite d’un projet, il va de soi que se sentir soutenu dans les épreuves est une force. Chistophe Arnaud, consultant en marketing, recense les avis d’experts sur l’association et le choix de l’associé(e) idéal(e).

Monter sa boîte, mais à deux ! Aujourd’hui, les jeunes entrepreneurs qui se lancent préfèrent la jouer collectif. Motivation, entraide, créativité… les avantages de la formule sont nombreux, de même que les écueils à éviter. Nous avons sélectionné les conseils des meilleurs experts pour se lancer mais surtout pour réussir ensemble… dans la durée.

En duo plutôt qu’en solo

Avec 32% des Français ayant envie de « créer leur propre entreprise », l’envie d’entreprendre enregistre une légère hausse (+2 points depuis novembre 2015). Les mentalités évoluent : « Aujourd’hui, quand un jeune annonce qu’il va créer sa société, il fait la fierté de ses parents », constate ainsi Xavier Kergall, directeur général du Salon des entrepreneurs. Mais par rapport à leurs aînés, qui entreprenaient plus volontiers en solitaire, les jeunes porteurs de projet d’aujourd’hui ont une propension naturelle à privilégier l’aventure collective : pour 26% de ces personnes, il s’agit de créer une société avec un ou plusieurs associés (baromètre Envie d’entreprendre – Idinvest Partner de mai 2016). Les duos d’entrepreneurs célèbres ne manquent pas : Bill Harley et Arthur Davidson, William Procter et James Gamble…

« J’avais 25 ans, je venais de me marier, je n’avais aucun carnet d’adresses, très peu d’expérience, mais j’étais prêt à soulever des montagnes ! Cela m’a pris six mois pour trouver mon associé, Jean-Marc Le Breton », se souvient aussi Flavien Kulawik, PDG de KLB Group, devenu l’un des leaders européens de l’implémentation de projets pour les entreprises et le secteur public. Entreprendre à deux est pour beaucoup un moteur, voire un moyen d’être plus fort face aux obstacles jonchés sur le parcours de tout créateur d’entreprise. Ainsi, le tandem Flavien Kulawik – Jean-Marc Le Breton a su convaincre un premier client, Valéo, qui leur a « permis de gagner la crédibilité dont ils avaient besoin » à l’époque, ajoute Flavien Kulawik. La machine était lancée.  

Pour Alexis Bonillo, qui a lancé il y a cinq ans une application de géolocalisation baptisée Zenly, « l’histoire a démarré avec un bon ami, Antoine Martin, qui est aujourd’hui mon associé. On s’est dit que ça pouvait être sympa de monter une start-up tous les deux ». Même son de cloche chez Maxime Nory, cofondateur, avec Baptiste Dhaussy, de Simplifia, un site internet de services funéraires. « Monter une société à plusieurs est bien plus fun que de le faire seul et, surtout, cela permet d’abattre plus vite tout le travail à effectuer », justifie Maxime Nory. Pour Claire Cano et Idris Hassim, à la tête de LuckyLoc, une start-up de location de voitures, les avantages d’entreprendre à deux « sont nombreux : plus de force mentale que lorsque l’on est seul face aux difficultés et plus de recul aussi sur ce que l’on fait et décide. Réfléchir à deux est un excellent moyen de confronter les points de vue et d’éviter in fine de commettre trop d’erreurs » explique Claire Cano.

La combinaison gagnante

Reste à trouver le bon partenaire, car « dans la moitié des cas, la dispute entre les partenaires de départ entraîne l’échec du projet», ajoute Benoît Galy, auteur de Bien s’associer pour mieux entreprendre. « « Les duos se défont le plus souvent dès les premières difficultés », prévient Thierry Grange, président de Grenoble Ecole de management. « Trouver le bon partenaire est par conséquent un exercice plus délicat qu’il n’y paraît. Résistez à la tentation de sauter sur le premier (camarade de promotion) venu, et soumettez-le à un véritable crash test afin de vérifier qu’il sera l’associé dont vous avez besoin », conseille ce dernier.

Même s’il n’y a pas de recette idéale, « il est préférable de ne pas s’associer avec quelqu’un de trop proche (famille ou ami de longue date) avec qui les désaccords peuvent avoir beaucoup d’impact, » précise Idris Hassim. Pour LuckyLoc, cela a bien fonctionné : avec son associée, ils viennent d’opérer une nouvelle levée de fonds de deux millions d’euros. Les jeunes entrepreneurs attribuent également leur succès à une confiance mutuelle et une honnêteté à toute épreuve. « Je pense par ailleurs qu’il ne faut pas avoir ni d’ego surdimensionné ni de caractères trop antagonistes », ajoute Idris Hassim.

Car si la combinaison est fructueuse, c’est que les profils des entrepreneurs se complètent. « Il existe une complémentarité des compétences, mais également des tempéraments. Souvent, il y a un fonceur qui impulse l’audace, mais qui doit aussi être cadré et canalisé », souligne Valérie Marragou, responsable pédagogique du Master Spécialisé Entrepreneurs à Grenoble Ecole de Management. Mais attention cette complémentarité ne suffit pas. « On oublie une chose, qui est la correspondance des associés. La correspondance des ambitions, des aventures, des aspirations, des contextes personnels… (…) Une grande question pour les entrepreneurs est de discuter au-delà de la complémentarité technique, pour voir les valeurs partagées, leur éducation, et leurs aspirations », explique Stéphane Degonde, auteur du livre J’ose entreprendre.

« Quand vous vous associez, vous devez sentir une communauté de destin avec l’autre, comme si vous faisiez partie de la même cordée », confirme Mondher Abdennadher, cofondateur de l’agence de communication Momentum. Cet affectio societatis est primordial afin de faire fonctionner le duo sur le long terme. « Avec Jean-Marc Le Breton nous formons un vieux tandem depuis bientôt vingt ans », témoigne Flavien Kulawik. KLB Group tire d’ailleurs son nom de celui de ses deux associés et incarne bien leur volonté de créer et de faire vivre leur projet entrepreneurial ensemble. Car c’est bien le duo de dirigeants – fondateurs qui impulse et nourrit la culture d’entreprise, ciment indispensable à la croissance et au succès d’une firme.

Se dépasser à deux

Pour les cofondateurs de KLB Group comme pour beaucoup d’entrepreneurs, l’innovation est gage de succès.  « Nous avons sans cesse innové pour acquérir de nouvelles expertises fonctionnelles et sectorielles », explique Flavien Kulawik. Mais surtout, ils ont cru à leur positionnement unique sur le marché du conseil qui aujourd’hui explique leur succès : « nous apportons à nos clients la force des entrepreneurs : la capacité à mettre en œuvre, à implémenter, car les idées ne valent rien sans l’implémentation». Car seul ou à deux, « il ne suffit pas d’avoir une idée, il faut la mettre en pratique » et donc se lancer, rappelle pour sa part Alain Afflelou. Une assertion que KLB Group transpose aujourd’hui dans son modèle managérial, devenu la clé de son développement et que Flavien Kulawik décrit lui-même comme « le maintien d’une culture entrepreneuriale ». En matière de recrutement, KLB Group a donc choisi de valoriser « l’intelligence pratique et la détermination. Dans tous nos projets, nous apportons ce savoir-faire opérationnel qui fait la différence, et nous nous efforçons de pratiquer un management « agile ».

Passion partagée

« Partez de vos passions, transformez-les en business et faites-en votre vie ! », encourage Xavier Kergall qui réunit plusieurs dizaines de milliers d’entrepreneurs aguerris ou en devenir lors des différentes éditions du Salon des Entrepreneurs qu’il a fondé il y a 23 ans. « Cependant, cette liberté a un coût, celui de l’énergie que vous déployez afin de transgresser les règles établies », nuance encore Xavier Kergall. Une vision à laquelle adhère également Alexandre Chombeau qui dirige l’agence CSV, experte en référencement. « Votre passion, votre désir, votre volonté d’apprendre et de vous développer, c’est avant tout un investissement. Impatience et idéalisation sont vos ennemies. Non, votre business n’explosera pas tous les records 2 mois après sa création. Du moins il y a peu de chances. Malgré tout, poursuivre vos rêves, c’est vous offrir la possibilité de réussir sur le moyen et long terme » explique Alexandre Chombeau.

Dernier conseil, « ne pas avoir peur de l’échec », recommande Olivier Demaegdt, fondateur du site web Un Bureau sur la Terre. A deux comme en solo, la résilience face à l’échec fait partie de la panoplie de l’entrepreneur même si la posture est moins valorisée en France. Les anglo-saxons sont « très attachés à cette notion, ainsi qu’à celle du rebond. Pour eux, c’est un gage de reconnaissance, de motivation, d’envie », rappelle Xavier Kergall. Une idée à bien garder en tête pour se souvenir que l’adjectif « insurmontable » n’a pas sa place dans le jargon entrepreneurial.


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Chistophe Arnaud est consultant en marketing. Il accompagne des projets et entreprises dans l’analyse des risques et du potentiel des entreprises. 

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